Le rhovyl est une chlorofibre produite à partir de PVC, commercialisée exclusivement en fibres coupées. Sa base chimique associe du sel marin, du charbon et du pétrole pour former un polymère de chlorure de polyvinyle filable. Cette fibre n’a rien à voir avec le PVC souple des revêtements ou des tuyaux : la formulation textile exclut les plastifiants lourds et répond à des contraintes de contact cutané spécifiques.
Chlorofibre PVC et PVC plastifié : une confusion à lever
Associer le rhovyl au PVC conduit souvent à un raccourci trompeur. Le PVC plastifié contient des phtalates pour gagner en souplesse, ce qui déclenche des restrictions réglementaires dans les articles de consommation. La chlorofibre textile, elle, ne nécessite pas ces additifs pour atteindre sa finesse de fibre.
Lire également : Pourquoi montrer son nombril ?
La distinction a des conséquences directes en conformité REACH. Les phtalates, certains alkylphénols, le formaldéhyde et plusieurs PFAS font l’objet de restrictions dans les textiles commercialisés dans l’Union européenne. Le fabricant ou l’importateur doit démontrer la conformité, même pour un tissu produit hors UE.
Le rhovyl répond à ces exigences par sa chimie de base, qui limite le recours aux substances visées. Cela ne dispense pas d’un contrôle sur les traitements de finition (teinture, enduction, apprêts), où se concentrent la plupart des risques réglementaires actuels.
A découvrir également : Quel est le pantalon le plus porté au monde ?
Fabrication du rhovyl : de Rhodiacéta à la production française

C’est en 1941 que Jacques Corbière, chercheur bisontin de l’entreprise Rhodiacéta (filiale du groupe Rhône-Poulenc), parvient à obtenir une pâte homogène à partir du PVC. La société Rhovyl est ensuite créée pour industrialiser et commercialiser cette fibre.
La fibre est aujourd’hui fabriquée en France. Rhovyl reste leader dans la production de chlorofibre, avec une gamme qui couvre l’habillement, l’ameublement et les applications industrielles.
Propriétés techniques du rhovyl en fibre textile
Le rhovyl présente un coefficient d’isolation thermique élevé, supérieur à celui de la plupart des fibres synthétiques courantes. Cette capacité d’isolation est à la fois thermique, électrique et acoustique, ce qui explique sa présence dans des applications qui dépassent le seul habillement.
Nous observons plusieurs caractéristiques déterminantes pour le choix de cette fibre :
- Ininflammabilité native : la chlorofibre ne propage pas la flamme et n’émet pas de gouttelettes en combustion, un avantage direct pour les textiles d’ameublement soumis aux normes feu
- Séchage rapide et imperméabilité : la fibre n’absorbe pratiquement pas l’eau, ce qui accélère l’évacuation de l’humidité corporelle
- Infroissabilité : le repassage est inutile, un atout en production industrielle comme en usage quotidien
- Légèreté : à isolation équivalente, le rhovyl pèse moins que la laine ou le coton, ce qui réduit le grammage des vêtements thermiques
Un point de vigilance : la combustion du rhovyl dégage des gaz toxiques. L’ininflammabilité ne signifie pas innocuité totale en cas d’incendie. Les cahiers des charges en ameublement intègrent ce paramètre dans l’évaluation globale du risque.
Rhovyl dans l’habillement thermique : au-delà de Damart
Le rhovyl est historiquement associé aux sous-vêtements thermiques et aux marques comme Damart, qui en ont fait un argument commercial majeur. Cette association a parfois réduit la perception de la fibre à un usage unique.

En réalité, la chlorofibre intervient dans des mélanges avec d’autres fibres (coton, laine, polyester) pour moduler le niveau d’isolation et le toucher. Le rhovyl est rarement utilisé pur dans un vêtement fini : les mélanges permettent d’ajuster la main du tissu, sa tenue au lavage et son prix de revient.
L’ameublement constitue un autre débouché significatif. Les propriétés ininflammables et isolantes de la fibre la rendent pertinente pour les tissus de siège, les rideaux et les revêtements muraux dans les espaces recevant du public, où la réglementation feu impose des critères stricts.
Enjeux réglementaires et environnementaux pour la chlorofibre en France
Depuis le déploiement par paliers de la loi AGEC, certaines marques doivent publier une fiche environnementale précisant la composition recyclée, la recyclabilité, les pays des étapes de fabrication et, au-delà d’une certaine proportion de fibres synthétiques, la mention relative au rejet de microplastiques.
Ce cadre touche directement les produits contenant du rhovyl. La fibre étant synthétique (dérivée du PVC), elle entre dans le périmètre des obligations d’affichage sur les microplastiques. Pour les fabricants, cela implique de documenter la traçabilité de chaque lot, du polymère brut au filé.
La conformité REACH reste le verrou principal pour la commercialisation en UE. Les substances préoccupantes à surveiller ne se trouvent pas dans la fibre PVC elle-même, mais dans les auxiliaires de fabrication : teintures, agents de finition, retardateurs de flamme additionnels éventuels. Un contrôle analytique sur le produit fini reste nécessaire.
La question de la recyclabilité reste ouverte. Le rhovyl, en tant que fibre PVC, ne s’intègre pas facilement dans les filières de recyclage textile classiques, conçues pour le coton ou le polyester PET. Les mélanges de fibres compliquent encore le tri en fin de vie.
Le rhovyl occupe une niche technique que peu de fibres synthétiques concurrencent directement : isolation thermique native, ininflammabilité sans traitement additionnel, légèreté. Les contraintes portent moins sur la fibre que sur son écosystème réglementaire et sa fin de vie, deux sujets qui pèseront de plus en plus dans les décisions d’approvisionnement textile.

